Générations Citoyennes - Club de Réflexion

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jeudi, février 11 2010

Comment réformer le système des retraites ?

L’augmentation de l’espérance de vie, spectaculaire au 20ème siècle, se double d’une amélioration non moins exceptionnelle de l’état de santé jusqu’à 75 ans pour 90% de ceux qui sont en bonne santé à 50 ans. Compte tenu de cette réalité, la quasi-totalité des grands pays industriels ont décidé ou envisagé de repousser progressivement, d’ici 2040, l’âge légal de départ à la retraite à 67 ans. Sauf en France. Non seulement, il a été décidé, en 1982, de ramener l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans, mais l’on a massivement fait appel aux préretraites dans les années 1980 et 1990. Comment construire un système de retraite efficace et équitable ?

Un système de retraite efficace est fondé sur deux principes : les prestations sous forme de pension doivent être proportionnelles aux cotisations versées, et le prélèvement sur les actifs au bénéfice des retraités doit être supportable. Un prélèvement sera supportable, dans un monde ouvert, s’il ne dépasse pas la moyenne des prélèvements dans les pays comparables et si le poids des cotisations prélevées sur la rémunération des actifs ne conduit pas à la démotivation des actifs. Car, in fine, quel que soit le système de retraite, en capitalisation comme en répartition, les prestations sont un prélèvement sur la valeur joutée des actifs. Un système de retraite sera équitable s’il inclut une retraite minimale pour les « accidentés de la vie ». Donc un système efficace et équitable est contributif, au sens où ce sont les cotisations qui créent un droit. Deux réformes du régime en répartition sont déjà intervenues. La réforme des régimes de retraite du secteur privé, intervenue en août 1993, avait initié l’adaptation des régimes de retraite au vieillissement de la population. Cette réforme prévoyait l’indexation des retraites sur les prix, l’allongement progressif de la période de durée légale de cotisation de 37,5 ans à 40 ans et le passage progressif de la période de référence pour le calcul des pensions des 10 aux 25 meilleures années de revenus. La réforme Fillon du 21 août 2003 a aligné la durée de cotisation dans la Fonction publique sur la durée de cotisation dans le secteur privé avec effet au 1er janvier 2008. Puis, dans un second temps, il y aura un allongement de la durée de cotisation de référence pour tous à 41 ans en 2012 et, en principe, 42 ans en 2020. La loi fixe comme objectif de maintenir stable le ratio entre la durée d’activité (40 ans actuellement) et le temps passé à la retraite (20 ans environ) : à chaque fois que l’espérance de vie augmenterait de n mois, la durée de cotisation augmenterait de 2 n. Il y aurait alors maintien du ratio dit « A/R », soit le rapport de la durée moyenne d’activité à la durée moyenne de retraite. En 2007, ces nouvelles dispositions ont été étendues aux régimes spéciaux avec, toutefois, des compensations telles que les économies réalisées sont faibles. Les trois réformes intervenues (1993, 2003 et 2007) devraient permettre de limiter la montée des transferts au bénéfice des pensionnés, sans résoudre le problème de fond.

Quelle réforme doit-on appliquer en 2010 ? On peut imaginer, par exemple, de porter la durée de cotisation à 43 ans en 2020, 44 ans en 2024 et 45 ans en 2028. Les retraites seraient indexées sur les prix jusqu’en 2028. En portant l’âge de départ à la retraite à 61 ans en 2012, puis 62 ans en 2016 et 63 ans en 2020, et en supprimant le taux plein automatique à 65 ans d’ici 2016, tout en portant le taux des cotisations sur le salaire brut/brut (charges sociales employeur incluses) de 20% actuellement à 21% en 2010 et 22% en 2020, on résoudrait durablement le problème du financement des retraites en France. En effet, l’allongement des durées de cotisation et l’augmentation des cotisations feraient disparaître les déficits prévisionnels de ces régimes jusqu’en 2040. Pour que ces mesures efficaces et équitables soient acceptables, une retraite à la carte serait mise en place, c’est-à-dire une retraite actuariellement neutre entre 35 ans et 50 ans de cotisations, avec un âge minimum de départ à la retraite de 62 ans. Il faut également prévoir un complément en capitalisation qui pourrait représenter 15% des flux de retraite versés après 2030, la répartition restant le régime de référence.

mardi, décembre 15 2009

Mobiliser les territoires pour une croissance harmonieuse

(Résumé du rapport commandé par le Président de la République et publié à la Documentation française début décembre 2009) La France est évidemment prise, depuis septembre 2008, dans la crise économique globale la plus grave depuis la Deuxième guerre mondiale. Cette crise ne va pas freiner mais accentuer la transformation de l’économie mondiale vers une économie entrepreneuriale de la connaissance. Depuis la fin des années 1980, l’économie des pays avancés est fondée sur l’innovation. Dans les pays les plus en pointe, s’est imposée un nouveau mode de fonctionnement de l’économie où la concurrence par l’innovation a remplacé la concurrence par les coûts et les avantages naturels. La prospérité des territoires et des pays est fortement conditionnée par l’essor de cette économie entrepreneuriale de la connaissance qui est un écosystème socio-économique favorisant, notamment par l’action d’intermédiaires spécialisés, les interactions entre entrepreneurs, capitaux-risqueurs et investisseurs, chercheurs, développeurs, ingénieurs de production et opérateurs de production afin de développer en permanence de nouveaux produits et services aptes à répondre à une demande solvable dans un univers concurrentiel. Cette économie entrepreneuriale de la connaissance (EEC) est le ferment de la croissance mondiale depuis vingt ans, avec une accélération brutale depuis dix ans. Elle a permis l’essor des technologies de l’information et de la connaissance (TIC) et des technologies biologiques. Elle est en train de bouleverser les modes de production et de distribution, y compris dans les secteurs traditionnels. Cette économie moderne s’enracine dans les métropoles compétitives, dans un bouillonnement créatif qui ne peut être que freiné, d’une part, par les structures de recherche opérant en silos et se méfiant des entrepreneurs, et d’autre part, par des organisations territoriales à la fois bureaucratiques et organisés en mille-feuille.

Les métropoles sont les moteurs de la croissance La globalisation de l’économie mondiale n’est pas un phénomène homogène mais un phénomène de concentration métropolitaine et de diffusion progressive des innovations sur l’ensemble des territoires : ce n’est pas la Chine qui se développe, mais d’abord Shanghai, Canton, Pékin, Hong-Kong, etc. Le dernier rapport sur le développement de la Banque mondiale (« Repenser la géographie économique », rapport 2009) montre le rôle clé de l’urbanisation dans le développement économique : « A mesure que les économies passent de la qualification d’économies à faible revenu à celle d’économies à revenu élevé, la production se concentre dans l’espace. Les producteurs choisissent de préférence certaines localisations telles que les villes, les zones côtières ou les pays intégrés dans un riche réseau de relations ». Le développement économique va de pair avec l’agglomération des activités. On constate notamment que les activités de recherche et d’innovation sont parmi les plus concentrées au monde. Il y a de ce point de vue une confusion immense mais répandue selon laquelle les TIC vont conduire à l’éclatement géographique des activités intellectuelles. De fait, dès que des résultats sont établis, ils peuvent être diffusés dans le monde entier. Mais la création de la connaissance exige de longues périodes d’échanges et de discussions en face-à-face. C’est pour cela que les meilleurs chercheurs veulent s’assembler avec les autres « meilleurs chercheurs », ce qui explique l’extrême concentration de la recherche de plus haut niveau d’excellence dans une centaine d’universités, instituts et laboratoires pour l’ensemble du globe ! L’innovation est géographiquement concentrée parce que le regroupement des chercheurs permet une plus grande créativité. C’est la maîtrise conjointe des systèmes de transport et des systèmes d’information permettant à chacun d’optimiser ses déplacements qui rend possible l’avènement de la métropole moderne. Les métropoles modernes sont des villes multi-activités, à forte densité maîtrisée de population, qui visent à favoriser une économie d’entrepreneuriat et une innovation de conception dans un large spectre de domaines. En particulier, la métropole moderne ne rejette pas l’industrie car les services à forte valeur ajoutée s’appuient sur une industrie puissante. Les politiques d’aménagement du territoire qui réussissent mettent l’accent sur la mobilisation des ressources des territoires par des acteurs qui s’accordent sur des projets stratégiques cohérents à l’échelle de ces territoires. Ces projets territoriaux doivent être coordonnés au plan national.

Les pôles de rayonnement La métropole moderne est organisée en réseaux efficaces avec des décideurs oeuvrant pour le même projet stratégique partagé, et des universités et des centres de recherche pleinement engagés dans l’économie entrepreneuriale de la connaissance. Pour favoriser la réussite des projets des différents acteurs dans l’ensemble des territoires, il faut qu’ils aient l’accès le plus facile et le plus rapide à de nombreux centres de décision dans les domaines politiques, économiques, sociaux, juridiques, comptables et financiers. Il faut aussi qu’ils puissent travailler avec les chercheurs et innovateurs dans leurs domaines de développement ou qu’ils puissent trouver des points d’entrée dans le système de recherche et d’innovation national quelle que soit leur position géographique ou sociale sur le territoire. Les acteurs, dans les territoires qui ne sont pas proches d’une aire métropolitaine, ne doivent pas se sentir exclus des réseaux de pouvoir, d’innovation et de financement. Or la France dispose d’un remarquable réseau de villes de taille moyenne. Il faut s’appuyer sur ce réseau pour que tous les acteurs des territoires qui portent un projet, notamment dans le monde rural, puissent accéder rapidement aux décideurs et aux services à forte valeur ajoutée permettant la réalisation de ces projets. L’essentiel, ce sont les fonctions des villes plutôt que leur taille ou leur statut institutionnel. Il y a des villes de taille moyenne qui peuvent jouer un rôle clé dans le développement de l’économie : ce sont des pôles de rayonnement. Ce sont les villes qui permettent aux décideurs politiques, économiques et sociaux de se rencontrer, de s’informer, de se financer et surtout de décider à la fois pour eux-mêmes (acteurs sociaux et économiques) ou pour le bon fonctionnement et l’essor des territoires (acteurs politiques). Toutes les villes moyennes ne répondent pas à ces caractéristiques et certaines sont déjà incluses dans le périmètre d’une métropole moderne. Mais la France dispose potentiellement de plusieurs dizaines de pôles de rayonnement stratégiques en mesure d’assurer un maillage décisionnel des territoires.

Quelle stratégie d’aménagement du territoire ? Il faut concevoir le territoire métropolitain français comme un ensemble territorial structuré par trois réseaux de villes : - le Grand Paris, qui est potentiellement un attracteur global de premier rang. Un tel attracteur global se doit d’être un territoire disposant de quatre caractéristiques : des réseaux puissants de recherche et d’innovation comptant plus de 100 000 chercheurs ; une grande diversité d’activités et des systèmes de financement efficaces de PME en croissance opérant dans une véritable économie d’entrepreneuriat de la connaissance ; une densité maîtrisée assurant un équilibre entre espaces de production et de loisir ; une mobilité optimisée par une tarification d’optimisation des services rendus. Le Grand Paris peut seul prétendre au statut d’attracteur global en compétition avec le Grand Tokyo, le Grand Shanghai, le Grand Londres, le Grand Munich, la Silicon Valley, le Grand Los Angeles et le Grand New York. - les grandes métropoles, en nombre limité. Si la France ne dispose que de 3 ou 4 métropoles de rang européen, elle peut souhaiter favoriser l’essor de quelques métropoles régionales. - Un grand nombre, une cinquantaine au moins, de pôles de rayonnement couvrant l’ensemble du territoire. Chaque métropole ou ville appartenant à ces trois niveaux devrait mettre en œuvre un projet stratégique s’insérant dans l’économie entrepreneuriale de la connaissance, permettant à la fois de renforcer sa compétitivité internationale et de contribuer à celle de leurs territoires de rayonnement. Ce projet serait bien évidemment à la fois cohérent avec les projets stratégiques nationaux et régionaux. En dessous de ces trois niveaux, dans un monde rural plus diffus, des villes de 10 000 habitants peuvent constituer des pôles d’attraction lorsqu’elles appartiennent à des pays constitués ou à des réseaux ruraux organisés. Les pays ou les réseaux, s’ils sont capables de s’organiser en intercommunalités, peuvent aussi entrer dans une démarche stratégique de développement appuyée par l’Etat stratège.

Fonctionnement de l’Etat stratège et des régions stratèges L’Etat stratège doit contribuer à donner une vision de long terme aux acteurs nationaux. Il s’appuie sur des régions, renforcées dans leurs compétences et leurs moyens, qui deviennent des opérateurs stratèges dans trois domaines clés : 1/ l’innovation dans le cadre de l’économie entrepreneuriale de la connaissance par l’élaboration de stratégies régionales d’innovation, 2/ les schémas régionaux de transports et 3/ les schémas régionaux d’aménagement du territoire. Pour les autres compétences, on peut largement s’inspirer des propositions de la Commission Balladur. La priorité doit être donnée à l’innovation et à la croissance économique, dans le cadre de l’économie entrepreneuriale de la connaissance. Les régions doivent jouer un rôle clé dans le renforcement du potentiel productif des territoires. Si l’on veut assurer la cohérence des réseaux de transport pour permettre à tout acteur porteur d’un projet sur l’ensemble du territoire, d’atteindre rapidement un pôle de rayonnement, les régions doivent élaborer des schémas prescriptifs de mobilité adaptés à ce besoin, afin de mettre fin à l’isolement décisionnel du monde rural. Enfin, si l’on veut ordonner le développement urbain et péri-urbain à l’échelle des territoires, les régions doivent pouvoir élaborer des schémas régionaux d’aménagement du territoire afin de s’assurer, en agréant les SCOT, que toutes les aires urbaines prennent en compte la nécessité d’une densification maîtrisée du territoire qui soit cohérente avec les exigences d’une croissance verte. Dans les trois domaines d’action stratégique des régions, l’Etat stratège sert de moteur et intervient pour aider à la coordination nationale et à la maturation des projets dans les territoires. Comment incarner la fonction d’Etat stratège en acteurs opérationnels ? Au niveau national, je propose de créer un Haut Commissariat à la Stratégie et au Développement Economique des Territoires (HC-SDET), qui doit être rattaché au Premier Ministre. Sa fonction essentielle doit être d’organiser l’émergence d’une vision stratégique nouvelle forte afin de permettre à la France et à ses territoires de retrouver les degrés de compétitivité perdus depuis ces dernières années. Le HC-SDET doit être un acteur partenarial garant de la cohérence stratégique et de la compatibilité territoriale des projets des trois réseaux de villes et des schémas régionaux prescriptifs pour l’innovation, les transports et l’aménagement du territoire, dans le cadre d’un Projet Stratégique Territorial à horizon de 15 ans, mis à jour tous les cinq ans. Ce Projet Stratégique Territorial serait approuvé par un Conseil National des Territoires (CNT), présidé par le Président de la République, dont le Haut Commissaire SDET serait le Secrétaire général. Le Projet Stratégique Territorial ferait l’objet d’un débat d’orientation au Parlement avant son adoption définitive par le CNT.

En conclusion : un Etat stratège à la française dans un jardin à l’anglaise La désignation d’une grande intercommunalité en métropole et d’une ville moyenne en pôle de rayonnement doit être la concrétisation de l’élaboration par toutes les parties prenantes d’un projet stratégique cohérent. De ce point de vue, il faut prendre le risque d’une révolution copernicienne : il faut construire un Etat stratège de conception française dans un jardin à l’anglaise. Le fondement de la nouvelle organisation territoriale est la mise en cohérence des projets stratégiques des acteurs et non la catégorisation institutionnelle de ces acteurs.

mercredi, septembre 30 2009

Des finances publiques à la dérive

Les finances publiques françaises, par suite de choix ou de non choix faits au cours des trente dernières années, sont en grande difficulté. Le déficit était déjà supérieur à 3% du PIB en 2008. Il dépassera 8% du PIB en 2008 - 2009. Le principal enseignement des données présentées le 30 septembre est de montrer que le déficit structurel de nos finances publiques, que l'on pensait proche de 5% du PIB, est de l'ordre de 6% du PIB. Ceci veut dire que même si nous retrouvions une croissance naturelle de 1,75% l'an, le déficit resterait proche de ce niveau. En d'autres termes, c'est l'ampleur de l'ajustement qu'il faudra opérer au cours des trois prochaines années si l'on veut éviter une crise massive de nos finances publiques. Il faut préparer le pays aux ajustements nécessaires. Christian Saint-Etienne

jeudi, juin 4 2009

Pour un gouvernement économique de la zone euro

Article publié ce jour dans Les Echos

Il n’y a pas aujourd’hui de conduite coordonnée du policy mix européen, c’est-à-dire de coordination européenne simultanée des politiques budgétaire, monétaire et de change. Pour rendre la conduite du policy mix européen plus efficace, l’Eurogroupe (ensembles des Ministres de l’Economie et des Finances de la zone euro), qui n’est qu’une instance de discussion informelle et qui le restera même après la ratification du traité de Lisbonne, doit devenir officiellement responsable de la politique économique de la zone euro et doit définir clairement les orientations de sa politique de change. Tel est l’un des enjeux clés des élections européennes et de ce qui suivra.

Pour ce qui est notamment de la politique de change, le processus souhaitable de mise en œuvre peut être précisé : - c’est bien l’Eurogroupe qui doit formuler la politique de change vis-à-vis du dollar, du yuan et du yen (et des autres monnaies), ce qui suppose qu’il y ait un consensus au sein de l’Eurogroupe : si un tel consensus n’est pas atteignable, la zone euro ne pourra pas perdurer ; - l’Eurogroupe doit formuler cette politique en liaison avec la BCE, car il ne s’agit pas de remettre en cause l’objectif de stabilité des prix ; - une fois formulés les principes de cette politique, elle doit être mise en œuvre en secret par le binôme « président de l’Eurogroupe - président de la BCE » (que l’on peut nommer binôme européen) ; - pour être efficace, notamment pour ce qui concerne la parité euro-dollar, il faut rechercher une coopération entre le binôme européen et le binôme américain « Secrétaire au Trésor - président de la Réserve fédérale » ; - une fois établies la légitimité politique du binôme européen et les bases de coopération avec le binôme américain, il faut impliquer les autorités chinoises et japonaises dans une négociation permanente quadripartite (NPQ) qui pourrait œuvrer comme quasi-directoire monétaire mondial.

La reconnaissance de l’Eurogroupe comme instance non seulement de coordination économique, mais aussi de décision pour la conduite de la politique de change de la zone euro, est un élément clé de la reconstruction européenne. Il faut également compléter le Pacte de solidarité et de croissance (PSC) actuel par un mécanisme de coordination des politiques budgétaires qui permette de conduire des politiques contracycliques collectives. Pour coordonner la politique monétaire, la politique de change et la coopération en matière de politiques budgétaires, on peut imaginer favoriser la coordination entre la BCE et l’Eurogroupe dans le cadre d’un Conseil de la politique économique de la zone euro, ou CPEZE, qui devrait être rapidement créé. Ce Conseil se réunirait au niveau du Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement et prendrait toutes les décisions de politique économique à la majorité qualifiée.

Le moment est donc venu d’édifier un gouvernement économique de la zone euro au service d’une politique stratégique autonome, qui coordonne le policy mix et instaure les bases d’un fédéralisme fiscal en contrepartie de la mise en place de règles fiscales et sociales minimales. Ces dernières constitueraient le socle du Contrat social européen qui favoriserait la mobilité des travailleurs au sein de la zone euro. En quoi pourrait consister le fédéralisme fiscal ? On pourrait mettre en œuvre une base fiscale commune pour l’impôt sur les sociétés (IS) au sein de l’Union européenne et un taux minimal au sein de la zone euro. Ce taux pourrait être de 15 % ou 17,5 %, un tiers des recettes étant reversées au budget de la zone euro. Ce dernier serait également alimenté par un impôt de 0,5 % sur la valeur ajoutée, par un impôt de 1 % sur tous les revenus versés et par une taxe de 2 % sur la consommation au sein de la zone. Les prélèvements obligatoires nationaux des pays membres de la zone seraient réduits à due concurrence des recettes résultant de ces quatre impôts. De même, une partie des dépenses des pays membres serait prise en charge par ce budget. Comment fonctionnerait le fédéralisme fiscal ? Seul le budget de la zone euro servirait pour amortir les chocs dits symétriques, c’est-à-dire affectant l’ensemble de la zone ou un nombre significatif de pays. Les budgets des États membres devraient suivre les prescriptions du PSC de 2005 : viser un déficit budgétaire qui ne dépasse pas 1 % de leur PIB lorsque leur croissance est proche de leur potentiel et tendre vers une dette publique brute inférieure à 45 % du PIB en dehors des périodes de crise. Les États membres pourraient être autorisés par le CPEZE à avoir des déficits compris entre 1 et 3 % du PIB en cas de choc asymétrique. La dette fédérale de la zone euro devrait tendre vers zéro en cas de bonne conjoncture durable afin que la capacité d’emprunt de la zone puisse être mobilisée en cas de chocs symétriques touchant toute la zone.

Le budget de la zone euro financerait des éléments communs de politique énergétique, de Recherche et Développement, et environnementale ainsi que des infrastructures structurantes pour l’ensemble de la zone. L’ensemble de ces politiques constituerait le fondement d’une politique stratégique autonome de la zone euro.

L’Europe est-elle enfin prête à prendre son destin en main ? Note : Christian Saint-Etienne vient de publier La fin de l’euro chez Bourin Editeur.

vendredi, avril 24 2009

La fin de l'euro

Christian Saint-Etienne publie aujourd'hui un nouveau livre intitulé : La fin de l'euro chez Bourin Editeur. Le livre montre que si les Etats de la zone euro ne mettent pas en place rapidement un gouvernement économique de la zone euro, ce dernier court un risque d'éclatement à bref délai. L'auteur propose un plan de relance de la construction européenne sur la base d'une clarification des objectifs de cette construction.

dimanche, avril 5 2009

Réunion du 8 avril 2009

Bonsoir,

Notre prochaine réunion se tiendra comme convenu mercredi 8 avril 2009 à 19h45, au "Comptoir des Arts", 100 rue Monge 75005 PARIS.

L'ordre du jour est le suivant:

Mieux comprendre la crise dans les prisons en France et les enjeux du projet de loi pénitentiaire 2009

Nous recevons à cette occasion,

Arnaud PHILIPPE, Président de l'Association GENEPI

( Groupement Etudiant National d'enseignement aux personnes incarcérées )

participation financière de 15 € moyennant un repas. ( plat; dessert; boissons non comprises ).

Bien cordialement

Blandine Gouel



Christian Saint-Etienne

jeudi, avril 2 2009

Sortie de crise : le troisième scénario (article paru dans Le Monde du 2 avril 2009)

La crise actuelle a plusieurs causes qui ont conduit à une perte de confiance brutale à l’automne 2008 et à un mouvement de désendettement des ménages et des entreprises qui peut être durable. La question de la sortie de crise est controversée : sortie plus ou moins rapide ou bien dépression durable. Que faut-il en penser ? La crise résulte d’abord de l’excès de création de liquidités, au plan mondial, depuis 2001 suite à l’éclatement de la bulle Internet, qui a favorisé, d’une part, la montée de l’endettement des ménages et des entreprises dans l’ensemble du monde anglo-saxon et dans certains pays de la zone euro et, d’autre part, la spéculation sur les marchés des matières premières. Ensuite, de l’existence de global imbalances entre des pays ayant des excédents considérables de balance courante des paiements et des pays ayant des déficits tout aussi gigantesques. Ajoutons des normes comptables fondées sur le mark to market - paroxysme de l’intelligence dans le monde des comptables -, qui ont fonctionné comme des accélérateurs de crise dans des marchés sans cotations et sans boussole ! Citons également des normes prudentielles, imposées aux banques et aux assurances, qui n’ont pas protégé les acteurs de la finance contre les dérapages mais qui ont contribué à les dissuader de se porter acquéreurs de titres à long terme. Enfin, le développement des marchés de gré à gré de produits dérivés qui peuvent tomber en catalepsie lorsqu’un acteur majeur de ces marchés fait faillite, ce qui fut précisément le cas avec la faillite de Lehman Brothers.

Chacune de ces causes, séparément, n’aurait pas conduit à la catastrophe mais leur combinaison était dangereuse. Or, deux mèches ont fait explosé la poudre. D’une part, une mèche lente, la crise des subprimes, qui a affaibli les banques en menaçant leur liquidité, puis leur solvabilité. D’autre part, une mèche rapide qui a été le déclencheur final : la faillite de Lehman Brothers le 15 septembre 2008. Le mouvement de désendettement qui est en cours frappe les achats d’immobilier et de biens durables habituellement financés par le crédit, notamment l’automobile. La chute de l’investissement touche violemment les secteurs de la mécanique et des biens d’équipement. Les banques sont aux abois et leur retour à meilleure fortune passe par des garanties publiques de milliers de milliards de dollars ou par des nationalisations. Personne ne sait quand et comment on sortira de cette crise, mais on peut construire des scénarios cohérents de sortie et leur affecter des probabilités. Deux scénarios sont aujourd’hui privilégiés.

Selon le premier scénario, avec une probabilité écrasante de cinq chances sur sept, la sortie de crise sera lente car le mouvement de désendettement prendra deux ou trois ans. La croissance future dans les pays développés, qui ne sera plus dopée par l’endettement, sera durablement plus faible que celle observée au cours des dix dernières années. Le produit intérieur brut (PIB) de l’ensemble développé « Etats-Unis, Union européenne et Japon » baissera de 2% en 2009 et ne remontera que de 1% en 2010 : il faudra attendre 2011 pour retrouver le niveau de production de 2008. Tout dépendra ensuite de la vitesse de basculement vers une croissance verte fondée sur les économies d’énergie, le développement des énergies n’émettant pas de CO2 et sur les biotechnologies.

Le second scénario, celui de la dépression, est la seule alternative au scénario central. Il prévoit qu’une erreur plus ou moins accidentelle plonge le monde dans la tragédie. On peut imaginer au choix : une seconde faillite de l’ampleur de Lehman, une attaque israélienne sur l’Iran, une implosion financière incontrôlée de l’Europe centrale et de la Russie, etc. Dans ce scénario, le PIB de l’ensemble développé, précédemment défini, chute de 10 à 15% en cumulé au cours des trois années 2009-2011. Le taux de chômage dépasse nettement 15% pour la seule zone euro. Le chaos se répand dans le reste du monde. La totalité des commentaires évalue aujourd’hui les chances de l’un ou l’autre scénario. Pour ma part, je n’exclus pas le second scénario mais je ne lui assigne qu’une chance sur sept de réalisation.

Un troisième scénario, avec une chance sur sept de réalisation, envisage un rebond beaucoup plus ferme que le premier scénario, dès l’automne de cette année. Les Etats-Unis et la Chine, dont les économies sont très liées au point qu’on puisse parler de la Chinamérique, avec le dollar pour monnaie, pourraient connaître une stabilisation de leurs taux d’épargne et de leurs déficits extérieurs au second semestre de cette année. Leur rythme de croissance s’accélérerait significativement dès l’automne et le rebond de leurs investissements tirerait l’Allemagne de sa torpeur. La croissance du bloc Allemagne-France-Italie-Benelux dépasserait 1,5% l’an au cours de l’hiver prochain sous l’effet des plans de relance et pourrait même s’accélérer au cours de l’année 2010. Les autres pays de la zone euro souffriraient plus longtemps. Ce troisième scénario n’a aujourd’hui qu’une chance sur sept de se réaliser, mais il faut le garder en tête pour deux raisons. Il explique d’abord pourquoi il faut privilégier le chômage partiel, avec formation des personnels, aux licenciements, car il serait insupportable de rater une reprise, qui s’accélérerait, par manque de personnels qualifiés. Il pourrait, ensuite, advenir avec une vigueur insoupçonnée car la focalisation sur l’endettement fait oublier que les ménages et les entreprises n’ont pas qu’un passif financier, mais aussi des actifs ! Même si les Bourses stagnent et si l’immobilier se déprécie comme envisagé, les patrimoines, nets d’endettement, des ménages des trente pays développés agrégeant 60% du PIB mondial seront encore nettement supérieurs à cinq fois leur revenu annuel au 30 juin 2009. Les seuls patrimoines financiers nets, c’est-à-dire après déduction des dettes, atteindront alors plus de deux fois leur revenu annuel : ce n’est pas exactement le début de la fin du monde !

En dépit des analyses pessimistes et du déluge de mauvaises nouvelles depuis septembre 2008, il adviendra nécessairement que les ménages des pays développés réaliseront qu’ils sont toujours vivants ! et que leurs patrimoines nets de dettes, même après division par trois des actions et baisse éventuelle d’un tiers de l’immobilier, seront encore à un niveau historiquement élevé depuis le début de la Révolution industrielle ! De plus, trois cents millions de ménages des classes moyennes des pays émergents ne demandent qu’à consommer ! Rater une reprise économique peut être stratégiquement aussi dévastateur que d’aborder une crise, par impréparation, avec des finances affaiblies. Ne pas se préparer à l’éventualité du troisième scénario peut être mortel pour les entreprises comme pour les Etats !

dimanche, février 22 2009

Débat "le grand Paris" du 28 janvier 2009

Bonjour à tous,

le débat sur le grand Paris s'est tenu le 28 janvier dernier, en présence de Christian Saint Etienne et de Laurent Lafon.

Vous pouvez consulter le compte rendu sur l'annexe

Le prochain débat est prévu le 4 mars, sur le thème de "la relance verte".

En espérant vous compter parmi nous,

Générations Citoyennes.

lundi, février 2 2009

Il faut se préparer à un second plan de relance

Les mesures annoncées par Nicolas Sarkozy début décembre allaient dans le bon sens, celui des entreprises. Mais, si la confiance ne revient pas, il faudra aussi rassurer les ménages.

Etant donné la dégradation spectaculaire de la conjoncture, faudra-t-il lancer un autre plan de relance ? Le dispositif annoncé par Nicolas Sarkozy, le 4 décembre, à Douai, est assez intelligent. Il apporte de la liquidité aux entreprises, qui en ont bien besoin, en accélérant le rem boursement des créances de l'Etat (crédit d'impôt recherche, TVA). Et il donne un supplément d'activité aux PME en augmentant les projets d'investissement de l'Etat et des entre- prises publiques. Des économistes ont regretté qu'il n'y ait pas eu relance de la demande. A mon avis, ce n'était pas prioritaire : sur 1 euro supplémentaire de revenu aux ménages, 60 centimes partent en achats de biens importés !

Il n'empêche, si les mauvais chiffres de la consommation se confirment, un nouveau plan sera nécessaire. Les achats de biens durables ont déjà chuté de 10 à 30% : les Français, tétanisés par les mauvaises nouvelles, renvoient leurs grosses dépenses à des jours meilleurs. Ce second plan devrait donc surtout susciter un choc de confiance. Un premier volet serait consacré aux infrastructures, et je suggère de le lancer avec les Allemands. Certes, nos voisins ont été opposés jusqu'alors à un plan commun, mais la perspective de la récession peut les pousser à changer d'avis. Ces mesures seraient très bénéfiques à notre économie, car le besoin de modernisation de nos infrastructures, notamment ferroviaires, est immense. Comme, par exemple, la rénovation du système d'aiguillage de la SNCF ou l'interconnexion des lignes TGV Méditerranée et Atlantique. Ce dispositif ambitieux pourrait coûter jusqu'à 140 milliards d'euros, dont 60 milliards à la charge de la France et 80 milliards pour l'Allemagne sur plusieurs années.

Si la crise s'aggrave, un autre volet devra soutenir les dépenses des ménages. A une condition : l'aide de l'Etat doit être réversible, au moment où l'économie repartira. Pour cela, il existe un moyen efficace, déjà testé en Italie : la carte prépayée. Elle permet de financer exclusivement certaines dépenses de base, l'alimentaire, le chauffage, les transports. Les pouvoirs publics pourraient ainsi accorder une aide de 1 000 euros aux 12 millions de ménages avec enfants, soit 12 milliards d'euros. Afin de soutenir l'emploi, je propose de réduire drastiquement les charges sociales (un rabais de 300 euros par mois) sur trois nouvelles embauches dans toutes les entreprises. Enfin, pour donner de l'oxygène aux PME, l'Etat doit diminuer l'impôt sur les sociétés, qui pourrait être ramené à 15% (contre 33,3% actuellement) sur le premier million d'euros de bénéfices. Ces mesures, qui coûteraient environ 20 milliards d'euros, permettraient à notre économie de rebondir à partir du second semestre 2009.

Christian Saint-Etienne
Challenges n°150 du 08/01/09

lundi, janvier 19 2009

Réunions à venir

Bonjour,

Générations Citoyennes est un Club de réflexion visant à organiser des débats et soulever de nouvelles idées, afin d'organiser le renouveau politique du pays. Nous avons convenu de faire environ une réunion par mois sous forme de dîner débat.



Notre prochaine réunion aura pour thème "Le grand Paris"
et se tiendra le mercredi 28 janvier prochain à 20h
au "Comptoir des Arts", 100, rue Monge 75005 Paris; 1er étage

participation financière de 15 € par personne, comprenant un repas (plat + dessert, boissons non comprises).
Une réponse est souhaitée avant le 23 janvier par mail adressé à
blandine.gouel@gmail.com

Les autres dates et les thèmes retenus sont les suivants:

  • 4 mars: la relance Verte
  • 8 avril: Quelle justice ?
  • 13 mai: Quelle Europe ?
  • 16 Juin: Perspectives Européennes (ATTENTION: la réunion initialement prévue le 17 juin a été déplacée au 16 juin)
  • 23 septembre: Quelles perspectives pour nos finances publiques?
  • 28 octobre: 1er bilan de l'administration Obama
  • 9 décembre: Quelle organisation territoriale pour la France?

En espérant vous compter nombreux à notre prochaine rencontre,

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